Christian de Portzamparc - Une réflexion sur le Grand Paris indispensable
Christian de Portzamparc revient sur la nécessité de repenser le Grand Paris de demain et les facteurs de mutation de l’urbanisme.
- Interview de mai 2009
Pourquoi une réflexion sur le Grand Paris est-elle nécessaire ?
Depuis 20 ans, nous assistons à une mutation urbaine planétaire profonde. Partout dans le monde, les nouveaux moyens de communication, en démultipliant les échanges et les opportunités de faire des affaires, ont fait grossir les villes au delà de ce que leur aménagement physique et leurs moyens de transport permettaient. Et pour Paris, depuis le Plan Delouvrier, il n’y a pas eu de réflexion globale sur l’aménagement. Nous avons certes développé des villes nouvelles dans les années 60-70. Il en a résulté une urbanisation quasi continue de la grande couronne, ce qui ne correspond plus au plan Delouvrier. Il y a aujourd’hui une prise de conscience du fait que Paris est devenue une grande « région métropolitaine », mais nous n’avons pas de schéma, pas de pensée pour la comprendre et pour agir.
Dans le même temps, les émeutes dans les banlieues en novembre 2006 ont mis en évidence les difficultés des habitants de cités de périphérie, qui se trouvent en situation de relégation… Il y a donc urgence à penser le « Grand Paris » pour intégrer ces territoires.
Quels sont les freins à une politique d’aménagement ?
Dans les années 60, l’État jouait un rôle fort d’aménageur et de constructeur. Mais aujourd’hui, la France s’est décentralisée ; les maires ont la responsabilité des permis et l’économie privée a pris un rôle moteur, notamment en ce qui concerne la construction de logements. On a quitté la planification d’autrefois et on est passé d’un urbanisme public de zoning et de décrets à un urbanisme d’économie privée, négocié. Tout ceci rend difficile une action sur le Grand Paris. Le département, la région, l’état et de grands acteurs publics comme la RATP ont des responsabilités qui se croisent et se superposent, avec des intérêts parfois divergents. Avec le développement des nouvelles technologies de communication immatérielle et ce prétendu « temps réel », l’espace matériel s’est trouvé court-circuité. Cette accélération nous a excités ! Les acteurs escomptent un retour sur investissement rapide, sur 4 ans et les projets d’urbanisme, lourds et lents par nature, sont devenus des obstacles. Dans beaucoup de pays, l’urbanisme n’existe plus et on construit à tout va.
Quels sont les enjeux de la consultation ?
Le fait métropolitain est nouveau. Il est né avec la mondialisation. Avec cette accélération des flux immatériels. On assiste à une concentration des décisions économiques et financières dans une poignée de « villes-monde » où se regroupent les sièges sociaux des groupes multinationaux. Les grandes capitales, dont Paris, sont en compétition pour attirer ces pôles de décision. Ainsi, on peut se demander s’il faut penser d’abord à renforcer l’attractivité économique de la capitale ou à améliorer la qualité de vie des habitants pour éviter de nouvelles flambées de violence. En fait, ces deux objectifs sont liés. Pour mieux vivre à Paris, nous avons besoin de plus de ressources et d’investissements. La capitale doit confirmer son rôle de tête de réseau dans la conurbation des métropoles européennes.
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