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Bernard Devert, fondateur d'Habitat et Humanisme

Professionnel du logement, devenu prêtre, Bernard Devert a fondé Habitat et Humanisme en 1985, pour aider les "démunis" à retrouver un toit et leur dignité.

  • Interview d'octobre 2008

«Il faut réconcilier humain et urbain»

Comment analysez-vous la crise actuelle du logement social ?

C’est d’abord une crise de solvabilité des ménages. La demande de logements est forte, mais la hausse des prix, sans commune mesure avec celle des revenus, exclut du marché une large frange de la population. Les chiffres parlent : trois millions de foyers sont mal logés et plus de 100 000 personnes sont à la rue (dont 45 000 en Ile-de-France). Ce phénomène recouvre cependant des situations très différentes : travailleurs pauvres, personnes sans revenus, familles monoparentales, personnes âgées, dépendantes... Qui peut rester indifférent à ces drames qui appellent des réponses urgentes et adaptées ?
La crise n’est pas sans conséquence sur la cohésion sociale, la mixité devenant plus difficile à construire en raison des charges foncières multipliées par six en sept ans dans les grandes métropoles ! Les agglomérations qui disposent d’une capacité à attirer l’emploi n’ont pas toujours la volonté politique de réguler les droits à construire, d’où l’exclusion géographique des populations fragilisées. Cette exclusion entretient et développe l’exclusion sociale, au point que 10 % de la population française vit dans une situation d’isolement (moins de quatre contacts privés par semaine).


Depuis plusieurs années, les politiques publiques s’attachent à résorber la crise du logement. Comment expliquez-vous leur échec relatif ?

Les approches financières sont déconnectées de l’économie réelle et le politique est trop souvent réduit à un rôle de palliatif social. Le législateur, même s’il a souvent bien cerné les mesures à prendre, n’a pas toujours su ou voulu intervenir avec la détermination qu’impose la crise.
Ainsi, l’article 55 de la loi sur la Solidarité et le renouvellement urbain (SRU) prévoit que toute commune de plus de 3 500 habitants doit satisfaire à la création de 20 % de logements sociaux. Seulement, le législateur leur a donné la possibilité de se soustraire à cette obligation au moyen de pénalités. De même, le vote du budget pour la construction en 2008 de 120 000 logements sociaux visant à rendre effectif le droit au logement opposable (DALO) n’est pas suffisamment assorti de mesures favorisant leur construction dans les quartiers équilibrés. Sans doute assistons-nous à des prises de conscience, mais elles restent minoritaires. Il serait injuste de le reprocher aux seuls politiques car la difficulté majeure est d’ordre culturel. Tant que construire des logements sociaux dans un quartier équilibré signifiera “accueillir des cas sociaux”, nous resterons dans une impasse.


Quelles mesures concrètes permettraient selon vous de résorber la crise ?

L’urgence est de construire des logements dans les quartiers socialement équilibrés à des prix compatibles avec la solvabilité réelle des foyers bénéficiant de revenus modestes ou liés aux minima sociaux. Aussi faut-il envisager la densification des villes en augmentant les COS et les PLU, sans que cette hausse majore les charges foncières. Cette idée de densification fait son chemin. Elle devrait ainsi être inscrite dans la loi de mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion. Par ailleurs, il faut réformer le financement du logement social qui est aujourd’hui un “fourre-tout” (75 % de la population peut bénéficier des prêts bonifiés par l’État).
La solidarité appelle l’imagination. Le démembrement de la propriété peut constituer une réponse, le droit d’usufruit permettant aux bailleurs sociaux ou aux organismes associatifs comme le nôtre de disposer d’une nouvelle offre de logement à un coût compatible avec les exigences du logement très social. Sans doute cette offre restera-t-elle limitée à la durée de l’usufruit (10/20 ans). Mais pour les logements à caractère d’insertion, ce temps, doublé d’un accompagnement sérieux, permettra à nombre de personnes de quitter le champ de l’assistance pour celui de l’autonomie.